Site officiel de l’association DEFENSE-PERMIS.COM

04.77.25.02.08
web@defense-permis.com
Question
"Le problème des significations par huissier de justice"
Le problème des significations par huissier de justice, suite...
Témoignages
"Gilles S."
Gilles S., suite...
Actualités
"Les systèmes d’Aide à la Conduite sont-ils devenus illégaux ?"
Les systèmes d'Aide à la Conduite sont-ils devenus illégaux ?, suite...

Le billet d’humeur de Philippe DESSEMOND de janvier 2012

Cette période de vœux traditionnels avant une année toute neuve est, d’habitude, un mélange de conformisme et d’improbables espérances. C’est comme le lever du soleil un matin d’été (si l’on est du matin !)

Aux heures où tout dormait, j’aimais filer sur les routes désertes, partir visiter de lointains clients, ou simplement me griser de virages sur une route de montagne, voie en prime les rayons su soleil levant filtrés par les sapins encore noirs, en haut du col.

Le monde paraissait neuf, propre et frais, rien qu’à moi, plein de vagues promesses qui me rendaient léger.

Même à ces heures dites indues, l’automobile laisse toujours espérer une rencontre singulière. J’ai ainsi pu regarder une marmotte dans les yeux !

Une autre fois, sur une petite route empruntée par le rallye du var, pas loin de St Tropez, je grimpais bon train au volant d’une Alpine, intrigué par le tonnerre d’une Porsche que je ne parvenais guère à rattraper. Mais elle venait de stopper, son pilote admirait la vue. Curieux d’une mécanique aussi extravertie, aussi bien menée, je m’approchais et lui dis : « vous faites une belle musique ! »

Le comique de cette entrée en matière me sauta à la figure lorsque l’inconnu se tourna vers moi : c’était le chef H. Von Karajan, oublieux de son aura de star, simple membre de la confrérie des conducteurs sportifs.

Il me raconta volontiers qu’invité par Porsche à essayer la nouvelle Turbo, il avait reproché aux ingénieurs stupéfaits son poids excessif pour une auto sportive !

L’usine lui avait alors concocté une version allégée, convenant à un puriste : le chef n’aimait pas la pesanteur.

Mais ce qui m’avait le plus plu était d’entendre qu’il avait dû essayer plusieurs échappements différents avant d’obtenir celui qui chantait juste, pour lui qui avait « l’oreille absolue »

Aujourd’hui encore, la musique d’un beau moteur me touche au cœur aussi fort que Chopin ou Verdi. Je recherche l’échappement le mieux accordé à chaque moteur, sachant que ces crescendo se payent fort cher, mais qu’ils expriment un élan vital flamboyant essentiel à mon âme : une bonne auto c’est sensuel !

Ce devait être autour de 1975, on commençait à parler de limitations et de radars, et Karajan déplorait cette tendance ; question de rythme, disait-il, conduire vite et bien évite au cerveau de se ramollir, oblige à anticiper, à regarder loin, à se projeter en avant de soi-même.

La lenteur c’est la médiocrité. Ce n’est pas tant la vitesse qui importe, que la rapidité, le rythme. Mais le Français n’est pas musicien....

Un peu vexé par cette évidence, je crus bon de lui rappeler que c’était bien un écrivain français qui avait su le mieux écrire sur le caractère sacré de la musique par rapport à tous les autres arts, espérant peut-être l’étonner.

Mais ce diable d’homme-orchestre connaissait Proust mieux que moi, alors que j’aurais été bien incapable de citer une ligne de Goethe...

Sans le miracle de la liberté automobile, je n’aurais jamais parlé librement à Karajan, de sport automobile, de musique ou de littérature, sur le bord d’une route de montagne. Il haïssait les mondanités, les villes, et considérait qu’être plus de six à un déjeuner était une hérésie !

Je revois encore sa tonitruante machine grise à bandes bleues et rouges me jouer du Wagner par ses échappements alors qu’il attaquait à fond la descente vers St Tropez, vers son voilier de 24 mètres qu’il barrait en régates.

Chacun de nous a sa madeleine de Proust. La mienne c’est le ronflement puissant d’un moteur qui se transcende en musique, et me rappelle que l’automobile était liberté, aventure, perfectionnisme, alors qu’on la voudrait aujourd’hui une inquiète procession de (présumés) délinquants routiers en liberté surveillée...

Pas étonnant que le Français se dégoûte de l’automobile. On s’apercevra, un peu trop tard, qu’il ne faut pas tuer la part de rêve, et à quel point l’économie du pays va souffrir de cette méchante croisade ; alors que la voiture rapide fait les choux gras du voisin germanique.

Allez, bonne année tout de même !

Philippe DESSEMOND

27 décembre 2011

SAINT-CEZAIRE SUR SIAGNE

Contact
:

Adhésion et réglement

Pour adhérer ou renouveler votre adhésion cliquez ici

  • Liste de diffusion