Tout a commencé en 1973 par un curieux intersigne : dès l’instauration des premières limitations de vitesse, je me suis vu verbaliser 4 fois en 2 mois, toujours pour 2 à 5 km au-dessus de la limite. Puis, en décembre, 82 pour 80 km/h, première suspension de permis de 8 jours par le préfet de l’Ardèche, exécutée, de mauvaise grâce mais exécutée. Deux mois après, 15 jours de suspension par celui du Cantal : cette fois je refuse de restituer mon permis à l’autorité.
Cependant, j’ai très vite compris que cette réaction personnelle et épidermique devait, pour avoir quelques chances de succès, s’appuyer sur une organisation collective et structurée. J’ai donc fondé une association intitulée Auto Défense - Syndicat des Usagers Professionnels de la Route.
Le premier compte en banque a été ouvert avec trois cotisations, soit 300 francs de l’époque. Et le 24 juin 1974 lors de l’assemblée générale constitutive, le mouvement et son objet étaient présentés lors d’une conférence de presse à laquelle assistaient plusieurs journalistes avec de nombreux échos de presse qui entraînèrent les premières adhésions.
L’aventure commence…
Nos premiers adhérents ont apporté par leurs cotisations les moyens financiers nécessaires pour mettre sur pied l’organisation. Parmi eux de nombreux clients personnels (j’étais à l’époque représentant en éditions d’art et de bibliophilie) et d’ailleurs deux d’entre eux, le vétérinaire Georges Caussade et l’ophtalmologiste Bernard Faure, sont devenus Présidents du Mouvement, devenu en 1977 Auto Défense – Mouvement de défense des automobilistes - afin d’élargir son audience.
L’association s’est fait connaître via les nombreuses retombées médiatiques de mes refus systématiques de restitution de permis : mise en garde à vue, plusieurs citations en correctionnelle, cours d’appel, pourvoi en cassation, mise sous contrôle judiciaire, puis comme point d’orgue, 4 jours de détention préventive à la prison de La Talaudière pour avoir refusé de faire 8 jours de suspension infligée par le Préfet de la Drôme. Tout cela pour finir, après 4 ans de procédure, par un mois de suspension de permis à titre de peine principale par la cour d’appel de Lyon, suspension que j’ai cette fois exécutée.
La faille juridique du système
Si j’ai accepté de rendre mon permis, c’est pour une raison très simple, parce que cette suspension émanait de l’autorité judiciaire. N’étant pas juriste, j’en avais évidemment consulté plusieurs et j’avais découvert la faille juridique du système, à savoir « la dualité de compétence en matière de suspension de permis : d’un côté, le pouvoir des préfets donc l’Exécutif, de l’autre celui des magistrats donc la Justice. »
Dans un système démocratique ou tout au moins qui prétend l’être, toute suppression ou restriction des libertés individuelles fondamentales garanties par la Constitution, telles que celle d’aller et venir ou celle du droit au travail, ne peuvent et surtout ne devraient émaner que de la seule autorité judiciaire. Inutile de vous préciser que ce principe est constamment bafoué.